GIOVANNI GIANNINI EN ŒUVRES ET EN MOTS
L’oeuvre de Giovanni Giannini est complexe et protéiforme ; techniquement comme artistiquement, il essaie tout : du dessin à la peinture, en passant par la gravure, du figuratif à l'abstraction, via les influences cubistes, expressionnistes ou symbolistes. Pourtant, son style est très personnel et on reconnait toujours une oeuvre de ce grand peintre, grand travailleur, que sa timidité a un peu isolé des courants à la mode.

Giovanni Giannini appartient à cette Europe intellectuelle et cosmopolite de la première moitié du XXème siècle qui a vécu les grands traumatismes de la période : la Shoah et le Pacte de Varsovie.
Voici comment il raconte à son épouse sa première expérience du chaos : en juillet 1942, il a douze ans, comme chaque été, il prend le train pour Prague avec sa mère. Ce train, provenant de Gênes passe par Vienne. Peu avant l’arrivée dans la gare de cette ville, on donne l’ordre à l’ensemble des passagers de fermer tous les rideaux. Giovanni sent la peur des gens dans le train, y compris celle de sa mère, mais, avec la curiosité des enfants, il soulève l’un des coins de rideau. aperçoit alors des soldats allemands qui encadrent brutalement des files de voyageurs qu’on transfère d’un train à l’autre. Presque aussitôt sa mère le repousse. Sans le savoir il a assisté à l’un des premiers convois de la solution finale. Des années plus tard, il en fera encore des cauchemars… Et des toiles…
Lorsque les troupes venues d’URSS envahissent la République tchèque et écrasent le Printemps de Prague, il n’est déjà plus un petit garçon. Il vit depuis Paris les spoliations dont sa famille est l’une des victimes et l’impossible retour dans sa ville adorée.
Dans ses œuvres, il représente l’oppression, la soumission au pouvoir destructeur d’âme, par des têtes géantes qui surgissent et observent les gens, par des robots et des monstres à têtes de diables qui se mêlent aux foules. Mais, ceux qui sont le plus souvent représentés, symboles de l’avilissement à tous les systèmes brimatoires, ce sont ceux qu’il appelle les bureaucrates. Ces personnages qui brisent l’élan poétique et interdisent la beauté ou la fantaisie sont représentés en costumes sombres et chapeaux gris, avec des visages inexpressifs, voire inexistants.

Les femmes chez l’artiste sont le vrai pouvoir, celui de la vie. Il y a d’abord la déesse tellurique, créatrice, mère nourricière et rassurante, souvent en lien direct avec la terre d’où elle émerge.
Puis il y a la femme aimée, nue ou vêtue de couleurs vives, celle que l’on retrouve dans ses représentations nombreuses du couple ou des amoureux, celle qui apporte la liberté et rend son humanité à celui qui l’aime, celle aussi qui entraîne les hommes et leur donne le courage.
Enfin, il y a parfois, le corps de la femme. Dans ce cas précis la femme n’a pas de visage, parfois même pas de tête, son corps, nu, est souvent représenté de façon très précise, dans sa sensualité. On le retrouve parmi des masses viriles grises et agressives ou dans des musées. Elle est la femme niée dans son humanité, objet de désir brut et outil de soumission.

En répondant à une commande d’illustration du roman de Carlo Collodi, Le aventure di Pinocchio, Storia di un burattino, Giovanni Giannini découvre la beauté de ce texte et sa richesse de sens. Sa femme et lui se trouvent alors en Toscane, région d’origine de Giovanni, dans les années 1980. Pour lui, Pinocchio évoque à la fois la liberté, l’adolescence, les premières amours, la vie mais aussi l’apprentissage du mensonge social. Son Pinocchio est joyeux et facétieux, vêtu du costume du clown blanc, il transgresse les notions d’espace et de temps et refuse les conventions. Alors que le Pinocchio des villes, étouffe et se rebelle dans des espaces écrasants aux buildings aveugles, le Pinocchio campagnard, s’ébat dans une Toscane colorée et protéiforme, rencontre des filles menteuses (Pinocchia), et marche sans cesse vers la maison paternelle, à laquelle il avait tourné le dos. Pinocchio c’est Giovanni, l’éternel adolescent qui hésite à vieillir, le menteur qui se retrouve coincé et exploité dans la ville, l’homme qui cherche à retrouver les bonheurs simples de l’enfance, la Toscane où il conduira son épouse après des années d’exil volontaire. Le Giovanni mature, n’étant plus tout à fait un Pinocchio, redécouvrira ses villes, Paris et ses bistrots aux femmes élégantes et Prague, la ville meurtrie qui n’a rien perdu de son charme envoûtant.

La voiture chez Giovanni Giannini est omniprésente, mais, ce n’est pas une voiture moderne ou réaliste, c’est un véhicule aux formes rotondes et aux vitres closes qui semble s’être échappé d’un comics des années 1930. De couleur sombre, entraînée dans une spirale d’autoroutes sans fin, elle évoque les secrets du pouvoir, sa capacité à écraser les êtres humains sans scrupules dans une course perpétuelle. De couleur claire au contraire, souvent jaune, elle évoque la fuite vers un monde meilleur, la liberté de la campagne toscane, et peut-être une alcôve pour les amoureux.


PETITS PAPIERS :
La série des petits formats sur papier constitue l'expression spontanée de Giannini.
L'inspiration du peintre suit des thèmes qu'il revisite tout au long de sa vie, et ces dessins surgissent littéralement sur le papier. La main travaille avec un procédé similaire à celui de l'écriture automatique, sur un type de papier choisi pour l'occasion en fonction de sa texture :
Papier machine blanc et lisse assez fin où le trait et la couleur glissent et restent en surface ; papier plus épais d'un bloc à aquarelle ivoire ou gris chaud à grain fin où la couleur pénètre et sur lequel on peut travailler en couches superposées.
Le dessin à la plume fine à l'encre de Chine ou au crayon noir est le plus souvent préliminaire. Au contraire, celui au pinceau à l'aquarelle vient renforcer les contours des formes après la mise en couleur.
Giannini emploie une technique mixte à l'eau : aquarelle - encre - brou de noix. Les rehauts de blanc sont à l'acrylique.
Pas de temps mort jusqu'à l'aboutissement du travail. Ces dessins semblent s’être matérialisés en coulant de la main de Giannini, c’était chaque fois comme s’il succombait, dessin après dessin à une impulsion avide.
On ne peut que présumer de la signification de de ces précieux petits dessins, se poser des questions, projeter son interprétation personnelle, Giannini ne voulait jamais donner d’explications, pour lui, seul l’acte créatif semblait importer.
Ces dessins peuvent servir de base à de plus grands formats à l'acrylique ou à l'huile sur toile. Dans ce cas, le travail nécessite plusieurs étapes techniques.
GRANDS PAPIERS :
TOILES :